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Un avenir princier

Je partage le Ministre !

ÇA devait arriver. Neuf samedis consécutifs de shopping sacrifiés sur l’autel de la revendication populaire et c’est le regard affolé que la consommatrice scrute anxieusement tous les centres villes des métropoles hexagonales où toute tentative de lécher une vitrine peut se terminer en garde à vue. Il n’existe donc plus qu’une issue à cette douloureuse situation et échapper à la jaunisse nationale, saisir son baise-en-ville, sauter dans un Flixbus et débarquer face à la mer bleue au cœur du luxe, du calme et de la volupté, la Principauté de Monaco !

Après avoir dépassé sur l’autoroute le Flixbus de la consommatrice avide de soldes fraîches à bord de ma puissante limousine lancée tous gyrophares en émoi et escortée par deux valeureux gendarmes motocyclistes pressés d’échapper au tumultueux maintien de l’ordre dans la capitale, je me suis précipité au palais princier de Monaco pour rendre mes devoirs à son Altesse Sérénissime.

« Alors, Ta Seigneurie, tu es content ? Le commerce marche à fond ici ?

— Ah, c’est sûr que nous, on s’en met plein les poches en ce moment ! Une fois que les Français parviennent à franchir les ronds-points et à pénétrer en Principauté, c’est la ruée sur les magasins ! Je fais la caisse tous les samedis soir avec mon ministre d’État, on casse la baraque !

— Et ton Altesse ne craint pas une contagion des Gilets Jaunes ?

— J’ai autorisé un Gilet Jaune en Principauté, un seul. Il a fait une demande, j’ai dit « OK» mais pas de blague, aucun blocage toléré. En fait, c’est l’ancien Père Noël du casino et après les fêtes, c’est dur pour lui alors Gilet Jaune, ça le tentait bien. Il fait des photos avec les touristes américains devant le palais, ça lui rapporte pas mal.

— C’est l’effervescence au palais je vois, plein d’activité. Ta Grandeur nous prépare quelque chose ?

— La France est notre voisin, elle est en crise et j’ai de grands projets pour elle…

— Sans blague, Albert, tu déconnes !

— Il y en a qui déconnent en France mais pas à Monaco, c’est illégal d’être pauvre. Tu vas être épaté, je vais te raconter. »

On s’est partagé une bouteille de Champomy et il m’a raconté.

« La France est dans une panade noire, ce n’est pas un mystère, le monde entier en est témoin. Et la France est orpheline d’un roi, c’est Macron qui le dit lui-même. Nous, à Monaco, on observe et on agit. On observe que la France râle pour payer l’impôt et peine à redistribuer ses richesses, nous on a le casino qui fait les deux : il rapporte des impôts de dingue et il redistribue les richesses en ruinant les uns et en enrichissant les autres. Pas de fonctionnaires, que des croupiers très bien payés à la commission. On observe que la France souffre de tout ce flot d’arabes et d’africains loqueteux qui traversent la mer sur des Zodiacs pourris sans savoir nager et nous on a plein d’arabes et d’africains qui débarquent repassés de frais et les poches pleines de thunes de leurs yachts. On observe que la France proteste quand un ministre utilise un bon d’essence pour partir en week-end crapuleux et nous à Monaco, on a toute la famille princière qui se prélasse aux Bahamas aux frais de l’État sans écorner d’un demi-pouce l’amour inconditionnel que nous voue mon peuple enthousiaste. Alors, tu ne conclus pas de toi-même ?

Eh bien voilà le projet, et je te prie de croire qu’il est très avancé et que les pourparlers sont en très bonne voie. Après votre ridicule simulacre de débat national dont personne n’a rien à cirer, le président Macron annoncera officiellement la fusion de la France et de Monaco !

— Mais ton Altesse est folle ! Tu n’a aucun intérêt à te fondre dans la France dans l’état anémié où elle se trouve !

— Minute, tu ne comprends pas bien : c’est la France qui se fond dans Monaco et pas l’inverse. La République est abolie et une nouvelle monarchie est établie, selon le vœux secret des Français, orphelins d’un roi…

— Tu veux devenir Roi de France ?

— Certainement pas, je tiens à ma tête. Je deviendrais Prince Souverain de France et de Monaco. En une semaine, je règle la question des Gilets Jaunes en autorisant un Gilet Jaune par département et j’ouvre un casino dans chaque chef lieu de canton. Tous les arabes sont invités à devenir milliardaires ou à dégager. Je remplace tous les ronds-points par des boutiques Cartier. Tu verras, le plan est imparable, mais chut, hein, c’est encore secret ! »

Après moult révérences d’usage, je quittai le palais princier un brin perplexe. Ça devait arriver.