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La journée sans perquisition

Je partage le Ministre !

LA Société Franco-monégasque des Perquisitionnés Endurcis s’est émue à juste titre des débordements médiatiques subséquents à la luxuriante perquisition qui a concerné M. Mélenchon, les locaux de son parti, plusieurs collaborateurs et trices, la femme de son facteur et la cage de son canari dans la matinée de mardi. La Société Franco-monégasque des Perquisitionnés Endurcis, institution désormais reconnue par Comité des Droits de l’Homme de l’ONU – ce qui ne laisse pas d’impressionner les admirateurs saoudiens dudit Comité – a sollicité le ministre du Dimanche – que je suis, ne l’oubliez pas comme moi-même il m’arrive de le faire – afin de faire le point sur une situation devenue intenable et on a vu comment puisque justement, les perquisitionnés insoumis ne pouvaient plus se retenir.

J’ai reçu ce dimanche les représentants de cette Société qui se sont présentés libres et de leur propre volonté à mon ministère, je tenais à le dire et à saluer cette digne démarche. J’ai accepté que la réunion soit décalée à l’après-midi pour permettre à leur président de nous rejoindre après la perquisition dont il était l’objet le matin-même dans sa cabane de chasse solognote. C’est dans un climat de grande cordialité que nous avons échangé, après le départ de l’infirmière qui vint obligeamment recoudre l’arcade sourcilière sanguinolente du président.

Mes quatre interlocuteurs ont tout d’abord souhaité illustrer par l’exemple cette procédure particulière de notre droit pénal qu’est la perquisition en vidant mes pots à crayons, en disséminant au sol le contenu hors d’intérêt de trois parapheurs ainsi que le tiroir de mon bureau qui ne contenait qu’un caleçon de rechange. Cette démonstration bon-enfant me conforta dans l’idée qu’il fallait faire quelque chose, mais quoi ?

La première proposition de nos amis fut énoncée par son président lui-même : « Monsieur le Ministre, tenez, moi, ce matin, j’étais forcément agacé de ce réveil brutal, on le serait à moins lorsqu’une demi-douzaine de policiers déboule chez vous avec de grosses voix. Qui peut croire que d’obscurs fonctionnaires de la République puissent avoir d’aussi grosses voix ? Donc, en toute logique, je me défends et prend à partie celui d’entre eux qui m’apparaît physiquement comme le plus abordable. Et immanquablement, Monsieur le Ministre, le plus malingre, le plus chétif, le moins musculairement développé se trouve être le juge dévolu à cette procédure ! N’est-ce pas une vilaine provocation que de nous offrir comme tête à claque justement le juge qui prétend diriger la perquisition alors que sa constitution débile devrait l’en exempter ? Notre demande est raisonnable : il est indispensable que les juges chargés d’accompagner les perquisitions soient titulaires d’un 5è dan de judo et ainsi capables d’encaisser les bourrades certes désagréables mais inévitables durant cet exercice. »

Je pouvais acquiescer à cette demande quoique, connaissant le délabrement physique de notre magistrature, j’envisageais avec une difficulté non dissimulée la mise en œuvre de cette mesure en moins de trois générations. À ce point de la discussion, et alors que j’avais déjà la moitié du corps basculé par dessus la balustrade de ma fenêtre, je choisis la voie de la fermeté et de la conciliation qui caractérise l’essence de la politique gouvernementale.

« Messieurs,la supériorité des bonnes manières françaises ne se limite pas au Bal des Débutantes et doit également s’exercer lorsqu’une joyeuse compagnie de fonctionnaires farceurs décident de débouler chez vous au petit matin pour le petit-déjeuner. Comment les recevoir ? Comment faire bon accueil à ce caprice judiciaire de renverser vos tiroirs et se délecter de vos photos intimes ?J’ai décidé de vous nommer collectivement et chacun d’entrevous membre d’une commission chargée de mettre en place un Manuel de Savoir-Vivre à l’usage des perquisitionnés et des perquisitionneurs qui fixera les droits et les devoirs de chacun à distribuer ou recevoir des gnons. »

Une joie incommensurable s’empara de la délégation de la Société Franco-monégasque des Perquisitionnés et le Champomy coula à flot. Dans l’enthousiasme général, je consentis même à un gage de bonne volonté :

« Si vous acceptez de me rendre le stylo que vous avez saisi, je signe sur le champs le décret qui interdit la perquisition le dimanche. »

Le délire fut à son comble.