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Discours pour demain

Je partage le Ministre !

MADAME la Présidente de la Communauté des Communes Passives, Monsieur l’Adjoint aux éventualités, Madame la Sous-préfète Approximative, Monsieur le Sous-Ministre québécois en tongs, Mesdames, Messieurs, Chers Amis, mon chienchien,

C’est avec un immense honneur que j’ai le plaisir de clore devant vous, ici, sur la plage salée de Saint-Nulaire, l’éblouissant congrès de l’Union pour l’Inaction Politique. Vous avez voulu que le Gouvernement, par la voix de son très modeste mais non moins nécessaire Ministre du Dimanche, vienne illuminer ce que d’aucuns mal intentionnés appelleraient vos travaux mais que je m’empresse de qualifier d’insignifiances et de billevesées. Oui, deux fois oui, votre congrès a été parfaitement inutile, abondamment paresseux et ne laissera dans nos mémoires aucun souvenir d’un quelconque labeur, illustrant avec éclat la nécessité, que dis-je, l’urgence écologique de l’inaction politique !

Fidèles à l’adage républicain qui exige de « Ne pas dire ce que qu’on ne va pas faire et ne pas faire ce que l’on n’a pas dit », vous traduisez chacun, dans vos administrations et dans vos territoires l’impérieux devoir de l’élu responsable et de l’administrateur scrupuleux : ne pas bouger, ne rien faire. (Vives approbations)

Je sais, Madame la Présidente, avec quelle persévérance si représentative des qualités de ce siècle, vous avez consacré votre énergie à ce devoir parfois ingrat mais toujours indispensable qui est celui d’interpeller nos concitoyens en toute circonstance pour ne faire ni promesse, ni concession, pour n’apporter ni solution ni réconfort, et pour demeurer, j’ose le dire, d’une manière exemplaire, fidèle à votre mission d’inutilité parfaite. Vous opposez avec une admirable constance votre bâillement passif à tous les agités qui exigent réformes et bouleversements incessants : oui, vous pouvez tous être fiers de l’absence de bilan des institutions confiées à votre négligence par une fraction toujours plus réduite de nos concitoyens intrépides. Depuis vos pâles élections respectives, la baisse significative des décrets passés de plus de dix mille à trois seulement l’an passé montre que la tendance est bonne.

A l’instar des pays qui, comme le nôtre, ambitionnent le premier rang parmi les derniers, vous avez à cœur de ne rien faire, de ne rien entreprendre, de concentrer votre inactivité sur ce qui est désormais une priorité absolue : attendre que le temps passe, laisser couler, prononcer des discours d’où tout début de signification a disparu.

Mais aujourd’hui, force est de constater que vos services publics sont inactifs, les organismes sociaux sont inexistants, l’aménagement du territoire est en friche, le développement économique est en errance, voilà la vérité ! Voilà la splendide réalité que d’aucuns se refusent à admettre ! Bon gré, mal gré, il ne se passe plus rien en France, la récession est au rendez-vous, la paupérisation trop longtemps attendue par nos compatriotes est désormais présente dans tous les foyers et jusque dans cet hôpital abandonné, où nous accueille si gentiment Madame la déléguée approximative de Saint-Nulaire, dont on peut admirer le total délabrement, les néons, du moins ceux qui fonctionnent encore, qui clignotent avant d’expirer et le toit dont on sent bien qu’il n’attend qu’un zéphyr pour s’écrouler. (Rires et applaudissements)

Je crains bien d’être tombé dans des travers anciens et d’avoir, malgré mes intentions premières, laissé perlé de mon discours quelques bribes de sens. Ça n’est que pure courtoisie de ma part et je laisse le soin à celle qui va me succéder à cette tribune, à vous, Madame la Présidente, de nous entretenir longuement sans qu’il n’y ait dans vos propos, rien à comprendre.

Je vous remercie.

(Standing ovation)