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Nénette aux manettes

Je partage le Ministre !

EN ce lumineux dimanche d’octobre, la France frémissante est rassemblée pour célébrer dans la ferveur patriotique et un déluge de Champomy, l’événement historique que représente le premier anniversaire de ma nomination au Ministère du Dimanche. Déjà, nous pouvons nous congratuler de ce que l’objectif prioritaire de mon action gouvernementale ait été atteint : tenir fermement ce portefeuille envié au moins une année envers et contre tout, histoire qu’aucun malfaisant ne vienne un jour me contester dans ma paisible retraite le titre éternel et si prisé de « Monsieur le Ministre ». Non mais.

Je ne veux pas, à l’heure de ce premier bilan luxuriant, taire les précieux concours qui ont conforté ma persévérance dans l’accomplissement de ma tâche exemplaire. Certes, je suis appareillé de ce sagouin de directeur de cabinet dont mon si cher ami le Premier Ministre s’est débarrassé auprès de moi après que cet homoncule eut été convaincu de moult concussions et tripatouillages hasardeux. En voilà un qui ne perd rien pour attendre et j’ai ordonné qu’à l’aube de cette deuxième année de mission, l’escalier qui mène à son bureau crépusculaire soit ciré avec force graisse de baleine. À tout hasard, j’ai également procédé moi-même au sciage de la rampe dans l’espoir d’un formidable gadin qui me débarrassera, à titre temporaire ou définitif, de cet ineffable pignouf qui bride mes élans les plus échevelés par ses notes rébarbatives et son cafardage zélé auprès de Matignon.

Non, je veux aujourd’hui célébrer l’entente et la complicité dont le règne triomphe en mon ministère sous l’impulsion de ma plus précieuse collaboratrice en qui tout le monde aura évidemment reconnu notre chère Nénette. Nénette si connue de tous, aimée de tous et qui, après une longue carrière d’orang-outang au Jardin des Plantes, a bien voulu, à cette époque de sa vie de primate où l’on songe davantage à jouir d’une banane bien méritée, me rejoindre néanmoins et m’apporter le trésor inestimable d’une longue et patiente expérience du genre humain acquise devant les cages où s’entassaient ces étranges créatures.

On ne doit pas s’étonner de ce qu’un ministre fasse appel à un orang-outang, qui plus est femelle, pour le conseiller utilement au service des Français. Cela est désormais constitutif d’une conception radicalement inclusive et furieusement intersectionnelle de la participation de toutes les minorités au destin de notre pays, parmi lesquelles, on en conviendra sans difficulté aucune, l’on peut ranger des deux mains les orang-outangs hexagonaux. Nénette n’est évidemment pas la seule à œuvrer ainsi dans les palais nationaux et ce n’est un secret pour personne que notre chère porte-parole Sibébète s’est entichée de Léon le caméléon, vite devenu devant tout Paris médusé, l’arbitre de ses élégances vestimentaires. Ou ce rustre de Castaner qui est allé jusqu’à affubler d’un costume mal seyant – l’a-t-on assez réprimandé pour cette initiative maladroite – son phénoménal Nuñez, dernier spécimen d’une espèce jusqu’alors inconnue. Il paraîtrait même – c’est une rumeur solide – qu’un cocker se serait hissé au sommet du Ministère de la Justice.

Je n’oublie pas, moi, ce que je dois à Nénette et à ses conseils avisés qui m’ont permis d’attirer l’attention de notre vénéré Président lorsqu’à l’occasion de la campagne présidentielle, elle m’avait invité à jeter, par brassées entières, des milliers de cacahuètes aux militants attroupés lors des meetings jupitériens. Quel étonnement ! Quel succès ! Quel enthousiasme !

Puisse le deuxième tome de cette formidable épopée ministérielle s’ouvrir sur une nouvelle page mémorable quoique modestement dominicale avec Nénette aux manettes !