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Brexit French Backstop

Je partage le Ministre !

CONCERNANT le Brexit, les choses sont désormais claires : plus personne n’y comprend plus rien et nos amis britanniques sont parvenus à un chef d’œuvre de duplicité angloïde qui consiste à refuser de sortir de l’Europe sans un accord tout en refusant de sortir avec un accord. En cause, la frontière nord-irlandaise qui ne devrait pas être une frontière tout en restant une frontière. Le Gouvernement français, qui aime les Anglais, les Irlandais et tous les buveurs de whisky de par le monde a donc décidé de prendre l’initiative face à cette situation manifestement consécutive à l’excès de boisson au parlement de Westminster. Le Président m’a donc chargé de concocter une solution aussi miraculeuse qu’évaporatrice de tracas intempestifs.

Nous avons donc des Irlandais du Sud comme du Nord qui ne veulent pas revoir une frontière physique entre eux ce qui leur donnerait immanquablement, on se demande bien pourquoi, l’envie irrépressible de se balancer des bombes à la figure par dessus les barbelés. Voici des gens bien étranges qui se détestent paisiblement quand ils se côtoient et qui se découpent en rondelles dès lors qu’on les sépare. Nous avons en outre des Anglais qui s’en vont et d’aimables colons nord-irlandais qui veulent rester avec ceux qui s’en vont sans se séparer de ceux qui restent tout en refusant de devenir irlandais comme tout le monde, ce qui nous arrangerait tous foutrement. Rassurez-vous, la solution est simple, je vous l’expose.

Comme j’ai eu l’honneur de l’annoncer à l’infortunée Première Ministre Theresa May, c’est à partir du 29 mars, date prévue du Brexit, que la province britannique nord-irlandaise d’Ulster changera de statut un jour sur deux. Les jours pairs, sans se rattacher à la République d’Irlande détestée, Belfast pourra continuer de jouir des bienfaits européens en devenant française sous la haute protection de notre glorieux drapeau tricolore. Ces journées paires où l’Irlande du Nord sera française seront l’occasion de dédouaner toutes les marchandises entrantes et sortantes vers la Grande-Bretagne brexitée au son des orchestres conjoints de cornemuses et d’accordéons. Le nouveau département d’Ulster ainsi créé sera doté d’un préfet en uniforme, de gendarmes du sud-ouest, de douaniers antillais et d’un commerce de souvenirs de Paris. Des panneaux amovibles seront apposés sur les bâtiments publics les jours concernés et portant les mentions « République Française – Département d’Ulster ». La France, toujours généreuse envers ses nouveaux enfants, confiera au Qatar la construction d’une réplique du Mont-Saint-Michel sur les bords impétueux de la mer d’Irlande.

Les jours impairs, l’Ulster redeviendra tristement britannique sous la tutelle de sa vieille reine, isolée de l’Europe et du monde par une sinistre frontière infranchissable et par des taxes exorbitantes. Tous les signes de la souveraineté française et de la bienfaisance européenne seront rangés dans les placards et le préfet se promènera dans les rues tel un simple touriste, en short de circonstance avec un appareil photo à la main.

Telle est la solution lumineuse que j’ai eu l’honneur de présenter en tant que Ministre du Dimanche à l’Honorable Theresa May pour résoudre l’indicible foutoir du Brexit et de son imbitable backstop. Celle-ci, de sa voix désormais caverneuse, m’a paru décrépite et reconnaissante de cette main tendue tout en soulevant malgré tout un point dont la négociation ne devrait pas nous occuper plus d’une décennie et moins de cinquante votes négatifs aux Communes :

« Sir, what’s happenning on weekends ? »