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Collapsus

Je partage le Ministre !

MON cabinet, qui n’a rien d’autre à faire de la semaine que d’accumuler sur mon bureau un Everest de notes délirantes dans le seul but apparent de me pourrir mon dimanche, me transmet les conclusions d’une étude américaine des tendances pour l’année 2020. Je vous rassure tout de suite : nous sommes foutus.

Dussions-nous nous réfugier à pied, à cheval ou en voiture à pédales au fond d’un terrier de lapin creusé à dix lieues de toute borne wifi au centre géodésique de l’île d’Ouessant, l’intersectionnalité, tant libérale que fluide, de l’éco-féminisme décolonial en non-mixité racialo-genrée saura nous dénicher sous notre déguisement de galette-saucisse avant que nous ayons pu seulement nous sauver du vertigineux typhon de dioxyde de carbone qui se sera abattu sur nos misérables taudis déjà saisis par les banques dont la faillite est annoncée comme imminente dans tous les bulletins météo. Les fins du monde se succèdent à un rythme endiablé et l’on ne sait encore laquelle, de la fin du monde nucléaire, de la fin du monde climatique ou de la fin du monde démographique va gagner cette course folle.

Le Ministre du Dimanche n’est pas du genre à se laisser impressionner par de puériles fadaises et autres manifestations d’un militantisme névropathe, il n’a cure des rodomontades d’adolescents attardés qui batifolent gravement sur les pavés de la capitale en brandissant des pancartes en carton crasseux exprimant toute la misère de leur intellect ruiné par des années de pratiques masturbatoires aussi solitaires que ténébreuses, bref, le Ministre que je suis sait prendre les résolutions fermes pour réduire à un prudent silence dont ils n’auraient jamais dû se départir tous ces collapsophiles en tong.

Plus personne n’ignore que j’entretiens dans les sous-sols de mon ministère un laboratoire secret où prolifère la plus belle clique d’ingénieurs galonnés du dimanche que l’université française a pu produire par des nuits sans lune et des aubes sans espoir. Sous le commandement du Colonel Troadec, cette troupe de cerveaux éclatants vient de me livrer le premier prototype d’une machine amenée à jouer une partition wagnérienne dans la reconquête des territoires perdus de la civilisation. Cette machine a reçu le nom de collapsobot, crase lumineuse de collapsus et de robot, oui, un robot pour effacer de nos paysages sociaux les pollutions intellectuelles qui s’y sont répandus chez les décoloniaux enragés, les intersectionnels de comptoir, les écolos eschatologiques, les hésitants du radada, les fondamentalistes du Père Noël et, plus généralement chez les femmes et autres esprits faibles. Fort affectueusement, les ingénieurs du Colonel Troadec ont attribué au collapsobot, non sans quelque bon sens, le riant sobriquet de « boîte à cons ».

Le collapsobot, entièrement alimenté par des panneaux solaires, se fixe à n’importe quel réverbère urbain et, de ce poste d’observation, son scanner omnidirectionnel explore les émanations toxiques des cervelles passant dans son champs d’action. En moins de temps qu’il n’en faut à un percepteur pour vous saisir vos comptes, il repère l’individu à traiter, il l’aspire par un effet quantique d’une très seyante couleur rose et procède à une compression volumique de ses capacités intellectuelles décrépites. Le traitement déjà testé sur des néo-féministes queer à qui notre équipe avait malicieusement promis qu’en acceptant cette expérience, ils ou elles en ressortiraient avec l’identité de genre d’un dauphin du Pacifique, cette expérience, dis-je, n’a jamais dépassé trente secondes. Par suite de quoi, le sujet est à nouveau propulsé par le même flux quantique inversé à la place qu’il occupait pour qu’il puisse poursuivre son désespérant voyage dans la vie. Le collapsobot expulse alors une petite pastille contenant l’intégralité des raisonnements fumeux que recelait le cerveau traité, pastille aisément recyclée en appétissantes croquettes pour chat. Ainsi le collapsobot est en capacité de traiter le Boulevard Saint Germain, terrasses du Flore et des Deux Magots incluses, en une demie-journée et de rendre aussitôt à Paris son air jovial et ses jambes légères si prisés de nos amis ruraux.

Quelques études complémentaires ont bien mis en évidence de menues séquelles imperceptibles et les mesures effectuées sur nos cobayes ont révélé une légère diminution des facultés cognitives au niveau de celle d’un colibri du Brésil. Mais, renseignements pris auprès de leurs grand-mères, celles-ci ne percevaient pas de dégradation significative si ce n’est une fâcheuse tendance à baver en mangeant une tarte aux pommes sans gluten.

Rien ne s’oppose donc à la production en série du collapsobot, fier héros cybernétique de la reconquista civilisatrice. Nous n’ignorons pas, cependant, que le développement d’un modèle surpuissant sera nécessaire pour le traitement efficace des facultés de sciences sociales.