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Aïe Pepito !

Je partage le Ministre !

JE l’admets volontiers, je ne connais ni le Véné ni le Zuela et ces lointaines contrées amazoniennes me seraient parfaitement indifférentes si n’était l’irrépressible détermination du Gouvernement dont je fais partie – et à quel niveau ! – d’exiger de l’odieux et trop moustachu Président Pepito qu’il cède son prestigieux fauteuil de bambou à l’élégance démocratique représentée par le président du parlement Chiquito. S’il est vrai que le détestable président Pepito est assis sur une montagne d’or noir, personne au monde ne viendrait passivement imaginer que notre vertueuse exigence démocratique naviguerait lascivement sur un fleuve onctueux de pétrole.

Ah ! Je démontrerais avec vigueur que nos valeurs de justice et de liberté n’ont ici aucun arrière-goût de sans-plomb et que, culminant avec les Everest des idéaux républicains, le Gouvernement entend faire rendre gorge à tous les tyranneaux dont l’élection contestable frustre les peuples asservis du fruit de leur bulletin de vote. Dans la foulée de la déposition de l’exécrable Pepito, le Président m’a chargé en Conseil des ministres de procéder aux ultimatums d’usage pour faire déguerpir une belle cohorte de chefs d’États mal embouchés qui s’accrochent à leur pouvoir comme des moules à leur rocher.

Dimanche dernier, j’ai ainsi adressé de par le vaste monde pas moins de vingt-trois lettres recommandées avec accusé de réception valant mise en demeure d’avoir à quitter les palais présidentiels à une clique de guignols empanachés, lesquels, je m’empresse de le préciser, n’ont pas une goutte d’hydrocarbure à négocier en échange de leur maintien. J’ai enjoint le tsar Palpoutine de faire ses cartons sous huit jours faute de quoi nous serions amenés à reconnaître comme chef de l’État russe son garde du corps Sacha Benallov. Idem pour le mandarin extrème-oriental Chi dont l’élection fut, rappelez-vous, l’occasion d’une franche rigolade : dégagement immédiat sous peine de ressentir la terrible colère de Paris. Idem pour le cacochyme Broutemirza algérien dont le ventre avachi dans son fauteuil croulant semble contenir tous le gaz naturel du Sahara. Il n’est pas jusqu’au trop bègue président gabonais Bingo qui a reçu de la France sa lettre de congé lui intimant d’avoir à céder le pouvoir au directeur anonyme des opérations subaquatiques de Total, l’organisation humanitaire bien connue.

Et nous ne nous arrêterons pas au milieu de ce gué impétueux ! Dans le cadre de ce douloureux Brexit que nous impose la perfide Albion, le Gouvernement envisage, de concert avec nos partenaires de l’Union Européenne, d’exiger une refonte complète et irréversible de l’ordre de succession au trône de Grande Bretagne et, faute de déférer sans retard à cette légitime volonté, je serais dans l’obligation de signifier aux autorités britanniques que, désormais et jusqu’à demain inclus, La France et l’Europe reconnaîtront comme héritier présomptif de la couronne, le petit lord Fauntleroy.

On voit bien que ce n’est clairement pas le moment de chauffer les oreilles de notre grande Nation et qu’il serait plus sage pour Pepito de prendre sa pelle, son seau et d’aller jouer ailleurs.