Menu Fermer

Dimanchophobie

Je partage le Ministre !

LES atrocités répandues sur le vaste monde percutent nos esprits désespérés et chaque jour est une occasion de sursauter sur nos moelleux fauteuils d’une indignation rageuse et renouvelée. Je m’en voudrais de plomber ici le moral chancelant de mes lecteurs affalés sur de lascives lectrices mais je ne peux, en ma qualité de Ministre du Dimanche, taire plus longtemps l’épouvantable catalogue d’humiliations et de discriminations que rencontre la pourtant douce et quiète communauté de nos concitoyens dimanchistes.

Oui, le mot est lâché, le lourd verrou du tabou saute devant la poignante détresse de ceux qui exigent désormais qu’on les nomme dimanchistes, du nom de ce jour de la semaine qui constitue l’acmé de leur félicité ! Fiers d’abord d’être dimanchistes, ils tiennent à dénoncer toutes les manifestations de dimanchophobie qu’ils essuient chaque jour de la semaine mais aussi, humiliation sans pareille, le dimanche. À commencer par ce comportement routier détestable qu’ont certains automobilistes argentés devant les légitimes hésitations de nos vaillants dimanchistes à l’approche d’un feu tricolore dont on ne sait jamais de quelle couleur il sera dans la seconde qui suit : « Conducteur du dimanche ! » est l’odieuse interpellation qu’ils reçoivent en récompense de leur sage prudence en plus de divers quolibets outrageants mettant trop souvent en cause la probité des mœurs maternelles.

La dimanchophobie qui doit être désormais bannie de l’espace public n’a cessé cependant de croître au point que, dans certains quartiers, petites filles et petits garçons dimanchistes n’osent plus se parer des plus beaux atours de la jupe plissée et du blazer à boutons dorés qui faisaient leur joie quand ils allaient follement festoyer chez la vieille tante à chignon en faisant bombance de langues de chat et de speculoos. C’est fort de ce douloureux constat que j’ai pris l’initiative, avec l’accommodant président de l’Université de Nanterre, de créer un master de culture du dimanchisme en vue d’étudier les discriminations intersectionnelles subies par les dimanchistes de toute origine. Il convient de bien se persuader que les dimanchistes s’adonnant au pique-nique dominical sont, par exemple et sans vergogne, qualifiés dédaigneusement de « beauf » quand ils sont berrichons et écoutent RTL, de « smala » quand ils dégustent en bord de nationale un couscous-merguez voire de « tribu » quand ils se gobergent de manioc revêtus des traditionnels panchos de nos colonies chatoyantes au bord des rivières dont ils méprisent les moustiques. Nul n’ignore que ces infâmes propos sont l’œuvre de la catégorie la plus oppressive qui soit, composée pour l’essentiel de samedistes dominants. Depuis plusieurs semaines, des groupes identifiés de samedistes radicalisés, affublés de gilets jaunes, s’évertuent à détruire consciencieusement les lieux de promenade que les dimanchistes ont coutume d’investir paisiblement le jour suivant.

La pratique ségrégative et concentrationnaire qui a trop longtemps sévi à l’encontre des dimanchistes doit être examinée à l’aune de ce que l’on peut qualifier sans excès de dimanchophobie d’État : est-il encore tolérable, au 21ème siècle, sur le service public, que des millions de dimanchistes esseulés soient astreints hors de tout consentement aux séances télévisées d’envoûtement et d’hypnose de Michel Drucker ?

Nous ne passerons pas plus sous silence, dans le cadre de ce flamboyant cursus universitaire, la détresse singulière des dimanchosexuels, minorité humiliée entre toutes, dont les partenaires éventuels sont épuisés quand vient le dimanche par ces honteuses séances fornicatrices imposées par d’arrogants samedistes après d’interminables soirées en night-club. Personne ne doute plus, parmi les éminences médicales, de ce que le haut taux de surdité constaté chez nos amis dimanchosexuels ne soit la terrifiante conséquence des pratiques aussi solitaires que masturbatoires auxquelles ils sont contraints.

L’heure de la conscience dimanchiste a sonné et je réunirais dès dimanche prochain, dans mon ministère, un colloque en non-mixité dimanchiste afin de libérer la parole dominicale enfouie. J’ai pris bonne note que le collectif des dimanchosexuels a souhaité qu’un atelier intersectionnel en non-mixité soit organisé excluant les dimanchistes oppressifs pratiquant notamment la sodomie le samedi soir.