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Autodestruction

Je partage le Ministre !

L’ARTISTE répond au nom de Banksy, ou plutôt il n’y répond pas puisque personne n’est jamais parvenu à le faire rappliquer en l’appelant ainsi ni autrement, à croire que ce personnage ne sait pas lui-même qui il est. Il a réalisé une œuvrette tout empreinte d’une mignardise qui ne déparerait pas le book d’une débutante en première année d’art graphique, « La petite fille au ballon rouge », montrant effectivement la simplissime silhouette d’une gamine laissant s’échapper un ballon rouge en forme de cœur, là dessus, rien à dire, on ne nous raconte pas de bobard.

À l’occasion d’une vente aux enchères chez mes amis de Sotheby’s de Londres, cet exquis graffiti pompeusement encadré dans l’or et les volutes a été adjugé 1,2 million d’euros lorsque le tableau s’est alors autodétruit sous les yeux ébaudis d’une assistance qui n’en demandait pas tant en matière de sensations fortes.Visiblement ledit Banksy avait dissimulé dans le cadre du tableau un broyeur électrique qui a découpé en lanières les trois quarts du tableau ne laissant intact, on se demande bien pourquoi, que la partie haute représentant le ballon rouge en forme de cœur. Je serais le nouveau propriétaire, je serais d’une prudence extrême quant à mes velléités de revendre un jour ce qui reste du chef d’œuvre de peur qu’au prochain coup de marteau un peu vif d’un commissaire-priseur, le reste n’y passe ne laissant plus au propriétaire suivant qu’un tas de spaghettis de papier fort incommodes à placarder sur un trumeau.

Le canular n’est pas mauvais même s’il fleure fortement le coup publicitaire. Il est inspirant à bien des égards et je ne verrais pas d’un mauvais œil que cette pratique auto-destructive se généralise. Imaginez qu’un astucieux mécanisme se déclenche après le passage en caisse pour transformer le dernier roman de Christine Angot en un joli paquet de confettis festifs libérant ainsi le client égaré de la purge d’avoir à lire le brouet ordinaire de la dame. Au lieu de cette perspective sinistre, fête et Champomy consacreraient enfin l’utilité de ces pages informément scribouillées par une écrivaine que je n’ose qualifier du dimanche tant j’ai, on le sait, de respect pour les saines activités ludiques et dominicales.

 Si l’on était un tant soit peu inventif en ce pays, je suggérerais que l’on étendit ce dispositif salutaire à quelques érudits des plateaux de télévision : l’autodestruction de l’écharpe rouge – encore un truc rouge, ça devrait fonctionner – de Christophe Barbier à la première porte ouverte enfoncée serait du meilleur effet télévisuel et permettrait de circonvenir à quelques mots introductifs un propos qui, sans cela, s’étiolerait dans les lieux communs jusqu’à l’épuisement.

 Voilà sans doute une initiative technologique et récréative capable de relancer les efforts de la recherche française toujours à l’affût de ce qui pourra damer le pion à nos détestables concurrents.