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Le cul des vaches

Je partage le Ministre !

LE président m’a fait la surprise hier de venir prendre l’apéro à mon domicile du Vésinet, simplement, à la bonne franquette en me disant : « Voyez mon cher JD, je dois retrouver le chemin du cœur simple, profond et inintelligent de la France, alors je commence par vous ! » J’ai donc débouché une bonne bouteille de Champomy que nous avons sirotée avec des crackers Belin tandis que ma femme chassait la bonne pour passer le balai à sa place devant notre auguste visiteur. J’en fus évidemment flatté d’autant plus que je savais que mon collègue Castaner n’a jamais eu droit à une telle visite privée parce qu’il n’a que du Pastis à proposer.

« Sarko s’est planté, Hollande s’est planté et moi je me plante. Mais comment faisait-il, Chirac, pour être aimé ainsi en ayant tout raté et avec autant de casseroles au train ?

— Ah ça ! Il avait sa recette !

— Oui mais laquelle ?

— Le cul des vaches, Monsieur le président, le cul des vaches ! »

Et moi d’expliquer à notre premier magistrat les bienfaits politiques secrets et inattendus d’une bonne petite claque sur le cul d’une vache.

« Vous pourriez croire naïvement qu’une tape sur le cul d’une vache ne flatte guère que son rougeaud propriétaire perdu dans sa campagne alcoolisée et boueuse sans laisser d’indisposer le bovidé outré d’une aussi grossière familiarité. Mais le cul d’une vache, grands dieux, c’est le cul de la France ! Flatter la croupe d’une Limousine, c’est proclamer son amour de la croupe française, charnue, rebondie et odorante, c’est répandre à travers le pays la bonne nouvelle d’un chef viril qui se coltine avec la musculeuse et féconde réalité républicaine quoiqu’herbivore ! Cette claque fessière résonne dans chaque foyer français comme le témoignage bouleversant d’un prince qui tend la main à son peuple en s’avilissant parmi les mouches et les résidus de bouse. Et quand le Français rumine sur son rond-point, flattons-lui le croupion non point avec des matraques mais avec de généreuses claques assénées la main grande ouverte sur la première lauréate de comice qui passe ! Voilà le secret de Chirac !

— Personne ne m’avait dit ça ! me répondit notre divin Emmanuel. C’est pourtant lumineux ! Un cul de vache, il faut que je trouve un cul de vache ! »

Nous sommes donc convenus avec le président d’un programme ambitieux de reconquête de la confiance des Français par le cul des vaches et qui se décline selon les dispositions suivantes.

Dans les heures qui viennent, le président visitera le comice agricole de Grand-le-Petit où son premier geste sera de flanquer une belle rouste sur le cul d’Églantine, la star charolaise du canton, laquelle pour la circonstance, sera personnellement interviewée par Jean-Pierre Pernaut sur TF1. BFM TV interrompra immédiatement son programme pour une édition spéciale consacrée à cet événement politique novateur et la journée passera à voir et revoir le cul d’Églantine ainsi présidentiellement molesté tandis que les experts économiques et police-justice de la chaîne commenteront sur une session d’information de douze heures, la trajectoire nette et directe de la dextre macronienne.

À raison d’un cul de vache hebdomadaire dûment cajolé et d’un traitement médiatique approprié, personne ne doute de la remontée stratosphérique des sondages de popularité du président.

Si le président a bien relevé l’écueil des banlieues françaises où il lui serait difficile de dénicher la plus modeste vachette landaise, je lui ai suggéré avec enthousiasme que rien ne devait ralentir cette fabuleuse épopée rédemptrice et qu’il devait alors pénétrer dans les misérables taudis de chômeurs oisifs.

« Et ? me questionna-t-il.

— Eh bien, vous taperez le cul du hamster familial ! »

Je vous le dis, ce n’est pas demain que le Gouvernement se laissera dépasser par les événements sans se hisser à la hauteur clairvoyante des enjeux de l’avenir.